• Égalité professionnelle

Portraits de femmes #45 : Shaden Shabayek

Shaden Shabayek est data scientist au Pôle d'expertise de la régulation numérique (PEReN), service à compétence nationale rattaché à la Direction générale des Entreprises (DGE).

Publié le : 05 Fév 2026
© DGE

Quel est votre parcours et pourquoi avoir choisi de venir à la DGE ?

Je suis docteure en Économie depuis 2021, diplômée de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’École Normale Supérieure Paris-Saclay. Ma thèse, intitulée « Comportement, formation d'opinions et identité culturelle dans les réseaux sociaux », avait pour objectif d’intégrer les caractéristiques des réseaux sociaux modernes (comme l’asymétrie de visibilité au profit des personnalités publiques) dans les modèles théoriques d’interactions sociales.

Par la suite, j’ai développé mes compétences en programmation, lors d’un post-doctorat au Médialab de Sciences Po. J’ai notamment conçu un cadre d’analyse pour l’audit des politiques de modération des contenus problématiques sur les réseaux sociaux. Dans le contexte d’une transformation de la régulation numérique en Europe avec l’adoption du Digital Services Act (DSA), j’ai eu l’opportunité d’être souvent invitée à présenter mes travaux devant un public varié, allant de la sphère académique à la société civile en passant par les régulateurs. En plus de mes travaux de recherche, j’enseignais les mathématiques à Paris 1 et un cours de culture numérique à Sciences Po. 

Ce parcours académique m’a donné envie de mieux comprendre les enjeux législatifs et réglementaires autour de la technologie numérique. J’ai alors rejoint le Pôle d'expertise de la régulation numérique (PEReN), en 2023, en tant que data scientist. Je voulais aussi découvrir un nouvel environnement, en adéquation avec mes valeurs et mon désir de donner du sens à mon travail et de servir l’intérêt général.

Dites-nous en plus sur votre poste actuel et vos missions.

Le PEReN est un service à compétence nationale rattaché au Directeur général des Entreprises pour sa gestion administrative et financière. Il est placé sous l’autorité conjointe des ministres du Numérique, de l’Économie et de la Culture. Nous sommes une équipe d’une trentaine d’agents et nous accompagnons les services de l’État et les régulateurs indépendants (Arcom, CNIL, ARCEP, etc.) qui interviennent dans le champ de la régulation des plateformes numériques et de l’IA. 

Nous apportons une expertise et une assistance technique (conseils, études, outils, etc.) en sciences des données, audit et traitement algorithmique, évaluation de l’IA et développement logiciel. Nous travaillons en mode projet et, selon nos compétences et spécialisations, nous menons les projets de notre feuille de route annuelle pour le compte de nos partenaires. Nous nous investissons aussi dans des projets de recherche publique à caractère exploratoire ou scientifique.

La plupart d'entre nous sommes des data scientists. Nous effectuons différentes tâches techniques comme la collecte et l'analyse des données, la visualisation de données massives, la conception doutils numériques, l’audit de modèles et systèmes algorithmiques, avec une expertise en matière d’évaluation et de frugalité des IA génératives.

Mon travail se divise entre programmation, rédaction de notes techniques sur les enjeux de régulation du numérique et gestion de projets. 

Actuellement, mes principaux sujets concernent les plateformes d’emploi, la protection des mineurs en ligne, les algorithmes de recommandations ou encore la détection automatique de discours haineux sur les réseaux sociaux. Par exemple, dans le cadre de ce projet-ci, le but est d’évaluer la performance de plusieurs grands modèles de langage (LLM) de grands éditeurs (Google, Mistral, etc.) et d’étudier leur capacité à détecter le discours sexiste haineux en français, dans un exercice de modération des contenus. La culture et la linguistique sont des variables importantes à prendre en compte dans le cas de la haine en ligne : au-delà des mots clés très connus et des injures, chaque langue a ses spécificités, ses sous-entendus et ses expressions que les LLM, basés sur l’anglais, n’arrivent pas forcément à détecter. 

Pour mener à bien ce projet, grâce à un partenariat avec un laboratoire de recherche situé à Toulouse, j’ai eu accès à une base de données de contenus labellisés sexistes et non-sexistes en français. Concrètement, il s’agissait de concevoir un protocole expérimental pour envoyer des requêtes à des LLM pour leur demander si tel ou tel contenu était sexiste. Les résultats obtenus étaient ensuite comparés avec la base de données labellisée.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans votre fonction ? À la DGE ?

J’apprécie énormément que mon poste me permette d’enrichir le socle multidisciplinaire et académique que je me suis constitué grâce à des expériences terrains concrètes. Je savais qu’en rejoignant le PEReN j’aurais l’occasion d’offrir un appui technique en lien avec la gouvernance des plateformes numériques et, qu’avec l’écosystème de la DGE, j’aurais l’opportunité de toucher de plus près ces services de l’État, qui sont au cœur des négociations des nouveaux règlements du numérique.

Cet environnement de travail, particulièrement stimulant, favorise l'acquisition de nouvelles compétences au regard de ma formation initiale.  Par exemple, je suis montée en compétence en droit européen. Aussi, j’apprécie d’avoir à ma disposition une infrastructure technique et des collègues experts dans leur domaine pour faire avancer les projets. 

La diversité des profils que nous croisons de manière générale à la DGE a attiré mon attention. J’adore découvrir les nouvelles initiatives réalisées lors des moments collectifs de la direction, comme à l’occasion des trophées de l’innovation organisés en interne.

Un conseil aux femmes qui liront votre portrait ?

Je dirais que c’est important d’apprendre au sein d’un nouvel environnement et de s’intégrer tout en restant fidèle à notre identité. Nous pouvons évoluer, bien sûr, mais il faut que ce soit dans une direction qui nous corresponde à nous, en cohérence avec nos envies et nos valeurs.

Ceci pourrait vous intéresser

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information