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G7 numérique : protéger les mineurs dans un environnement numérique en mutation

Face à l’accélération des usages numériques chez les jeunes et à l’essor de l’intelligence artificielle, la protection des mineurs en ligne est une préoccupation partagée par de nombreux États. La présidence française du G7 en 2026 place cette priorité au cœur de son agenda numérique.

Publié le : 20 Mai 2026
Temps de lecture : 5 min
enfants tenant dans leurs mains un smartphone, tous concentrés sur leurs écrans
© StockPlanets - Gettyimages

En moins de dix ans, l’environnement numérique des mineurs s’est profondément transformé. Réseaux sociaux, jeux en ligne, services de messagerie instantanée et outils d’intelligence artificielle générative occupent une part de plus en plus importante de leur quotidien.

Si certains usages numériques constituent pour les jeunes des opportunités d’enrichissement, de découvertes et d’échanges, ils soulèvent aussi des préoccupations croissantes en matière d’exposition à des contenus illicites et inappropriés, de cyberharcèlement, d’atteintes à la vie privée, d’usage excessif ou d’impacts sur la santé physique et mentale. Dans ce contexte, la présidence française du G7 a fait de la protection des mineurs dans l’environnement numérique une de ses priorités.

Les mineurs dans un environnement numérique en mutation

L’accès des jeunes aux technologies numériques s’est considérablement développé au cours des dernières années, Selon l’édition 2026 du baromètre du numérique conduit par le CRÉDOC pour l’ARCEP, l’ARCOM, l’ANCT et le CGE, l’usage d’Internet est désormais largement généralisé dans la population française, avec un taux d’équipement en smartphones très élevé, notamment chez les jeunes. 

En 2025, 91 % des Français de 12 ans et plus disposent d’un smartphone. Plus particulièrement chez les 18-24 ans, l’équipement en smartphone est quasi généralisé (proche de 100 %), et l’usage quotidien d’Internet et des réseaux sociaux y est largement répandu.

44 %

des jeunes en France accèdent aux réseaux sociaux avant l’âge de 13 ans, malgré l’âge minimal fixé par la plupart des plateformes (ARCOM - 2025)

46 %

des enfants âgés de 6 à 10 ans possèdent déjà un smartphone en France (e-Enfance - 2023)

Une présence en ligne précoce

Les études consacrées aux usages des mineurs montrent une présence de plus en plus précoce sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux, auxquels certains mineurs accèdent avant d’avoir atteint l’âge minimal prévu par les conditions d’utilisation édictées par les plateformes. Selon une étude publiée en septembre 2025 par l’ARCOM, 22% des enfants de 11 ans indiquent avoir utilisé pour la première fois les réseaux sociaux avant leur dixième anniversaire, contre seulement 4% des jeunes de 17 ans, traduisant un usage de plus en plus précoce. 

99 %

des jeunes âgés de 11 à 17 ans utilisent au moins une plateforme en ligne (ARCOM - 2025)

67 %

des enfants de 8 à 10 ans déclarent avoir un compte sur un réseau social bien que ces services soient généralement réservés aux plus de 13 ans (e-Enfance - 2023)

Un espace de socialisation et d’apprentissage

Pour les mineurs, l’espace numérique offre des opportunités ;

  • de découverte, via l’accès à l’information et à des contenus éducatifs et culturels ; 
  • d’apprentissage, par le développement de compétences numériques ; 
  • de socialisation. 

Cette dimension positive du numérique est reconnue par les acteurs publics et les institutions internationales. Toutefois, les mineurs sont également exposés à différents risques et dangers en ligne et doivent être protégés. 

Des risques préoccupants pour la santé des mineurs 

Les plateformes de réseaux sociaux donnent accès à une très grande diversité de contenus, dont certains peuvent être inadaptés à un jeune public. Une modération lacunaire ou le manque de fonctionnalités protectrices à l’encontre des mineurs peut les exposer à des contenus inappropriés, traumatiques voire dangereux, avec des conséquences qui peuvent être graves pour leur santé mentale ou leur développement cognitif. 

Les données du baromètre du numérique 2026 montrent qu’une large majorité des utilisateurs de réseaux sociaux et de plateformes de partage de vidéos sont exposés à des contenus problématiques. En effet, 64 % des personnes qui utilisent ces plateformes déclarent être confrontées « souvent » ou « de temps en temps » à des contenus inappropriés ou inadaptés, qu’il s’agisse de contenus violents, haineux ou d’autres formes de contenus choquants, et ce taux atteint 91 % chez les jeunes de 18-24 ans.

Des interactions malveillantes 

Les mineurs peuvent être la cible d’interactions malveillantes avec des sollicitations de contacts malintentionnés pouvant les exposer au cyberharcèlement voire, dans les cas les plus graves, à des menaces et agressions, notamment à caractère sexuel. En 2025, la plateforme 3018 a ainsi reçu 124 500 signalements pour des faits de cyberharcèlement, de diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel voire de menaces de violence physique, de viol ou de mort.

Des modèles économiques fondés sur l’attention

Les grandes plateformes numériques reposent souvent sur des modèles économiques fondés sur la captation de l’attention des utilisateurs.

La logique de l’économie de l’attention

L’économie de l’attention désigne un modèle dans lequel l’attention des utilisateurs devient la ressource économique principale. 

L’objectif est de maximiser l’engagement et le temps passé par l’utilisateur, afin de générer de la valeur notamment à travers la publicité, le temps passé à consommer des contenus augmentant aussi le nombre de publicités visionnées.

Exploitant les biais cognitifs humains, les mécanismes de recommandation algorithmique et les interfaces des plateformes n’ont pas seulement pour but d’améliorer l’expérience utilisateur, mais visent également à prolonger le temps passé sur leurs services et maximiser l’engagement des utilisateurs.

Comme décrit par le Pôle d’Expertise de la Régulation Numérique (Éclairage sur… n° 10 - Une exploration des fonctionnalités engageantes des plateformes numériques, 2026) ces techniques de captation de l’attention sont déployées à différentes phases d’usages et visent à :

  • fidéliser l’utilisateur, en lui faisant créer par exemple un avatar ou en lui accordant une récompense d’accueil ;
  • faire revenir l’utilisateur sur l’application, au moyen de notifications « push » (notification répétées), d’indicateurs de popularité (likes) ou de badges récompensant l’engagement et l’amitié (ex : streaks sur Snapchat, qui comptabilisent le nombre de jours d’affilés pendant lesquels deux personnes se répondent mutuellement) ;
  • garder l’utilisateur le plus longtemps possible, en lui faisant consommer de façon passive des contenus par le biais de la lecture automatique et du défilement infini.

Les algorithmes de recommandation

Les algorithmes de recommandation sont des systèmes informatiques qui sélectionnent et hiérarchisent les contenus proposés aux utilisateurs d’une plateforme en fonction de différents critères et de données récoltées, comme leurs interactions passées, leurs préférences ou leur profil.

Ils jouent un rôle central dans la visibilité des contenus en ligne et peuvent influencer fortement l’exposition des utilisateurs à certaines informations ou thématiques.

Ces logiques soulèvent des interrogations croissantes sur les effets d’un usage intensif des réseaux sociaux, particulièrement chez les adolescents. 

Une augmentation du temps d’écran préoccupante

Les récentes études montrent une augmentation du temps d’écran des mineurs, dont l’utilisation des réseaux sociaux représente une part majoritaire de leur usage numérique. Selon l’ARCOM et l’ARCEP, en 2024, 52% des 12-17 ans ont passé plus de 3 heures quotidiennes devant leur écran, dont 2 heures et 40 minutes sur des réseaux sociaux.

Des risques pour la santé mentale et physique des mineurs

Plusieurs rapports s’appuyant sur des études scientifiques comme le rapport de la Commission « Enfants-Ecrans » en 2024 ou le rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs en 2025 établissent une association entre l’usage des réseaux sociaux numériques et plusieurs déterminants négatifs de la santé des mineurs.

La surexposition aux écrans et aux services numériques comporte des risques pour le développement et la santé des enfants, à la fois pour leur santé physique (acuité visuelle, sédentarité, surpoids, etc.) et leur santé mentale (anxiété, dépression, usages problématiques susceptibles de se rapprocher de comportements addictifs, problèmes d'attention, troubles émotionnels, etc.).

Le G7 : coopération internationale et recherche de convergence

Face à ces risques, la protection des mineurs dans l’environnement numérique constitue un enjeu partagé par l’ensemble des pays du G7. 

Dans le prolongement de l’action de la France en faveur de la protection des mineurs au niveau national et européen, les travaux du G7 numérique visent à renforcer la coopération internationale sur ces sujets et à favoriser l’émergence de principes communs. 

Favoriser l’échange de bonnes pratiques

Le G7 constitue un espace de dialogue entre États permettant :

  • de trouver des points de convergence et de coopération ;
  • d’échanger sur les politiques publiques mises en œuvre ;
  • d’identifier des bonnes pratiques ;
  • de partager des travaux de recherche et d’expertise.

L’objectif est également de favoriser les échanges sur les approches réglementaires que les états devraient adopter et les mesures que les plateformes devraient mettre en place afin d’améliorer la protection des mineurs en ligne.

Une coopération nécessaire face à des enjeux globaux

Dans un environnement numérique en constante évolution, la coopération internationale apparaît comme un levier essentiel pour renforcer la protection des jeunes utilisateurs.

En réunissant les principales puissances économiques autour de ces enjeux, le G7 numérique contribue à structurer une réponse collective aux défis posés par les plateformes numériques et par les transformations rapides de l’écosystème digital.

Expert

Kévin Tran - Service de l’économie numérique, pôle régulation des plateformes numériques

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