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Décarbonation de l’industrie : comment la financer ? Quelles aides publiques mobiliser ?

La décarbonation de l’industrie est au cœur de la transition écologique et de la compétitivité économique. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent mobiliser des financements multiples pour accélérer la transformation des procédés industriels.

Publié le : 01 Avr 2026
Temps de lecture : 9 min
2 personnes marchant entre des panneaux solaires tandis que le soleil se couche
© Dusan Stankovic - GettyImages

Réduire les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie est l’un des grands défis de la transition écologique. Les industriels ont déjà engagé des efforts significatifs pour améliorer l’efficacité énergétique de leurs procédés et réduire leur dépendance aux énergies fossiles. Des transformations plus profondes sont encore à venir pour s’émanciper davantage des énergies fossiles et traiter les émissions résiduelles.

Le déploiement des technologies pour décarboner l’industrie demande des investissements importants, qui mettent souvent plus de temps à être rentables que les investissements industriels habituels.

Pour accompagner cette transformation, l’État et les institutions européennes ont donc mis en place plusieurs dispositifs de soutien à la décarbonation de l’industrie.

Pourquoi décarboner l’industrie ?

Décarboner l’industrie est d’abord un enjeu pour maintenir la compétitivité de la production française. Avec la hausse du prix du carbone en Europe et une concurrence internationale plus forte, investir dans la décarbonation devient un atout. Améliorer l’efficacité énergétique et adopter des technologies bas-carbone permet de réduire les coûts liés au carbone, de mieux résister aux variations des prix de l’énergie et de limiter la dépendance à des sources d’énergie étrangères.

La décarbonation répond aussi à un objectif climatique. Les émissions industrielles ont déjà beaucoup baissé depuis 1990 (-55 % en 2023) grâce aux progrès technologiques et aux gains d’efficacité, mais des efforts importants restent nécessaires pour atteindre les objectifs de 2030 puis la neutralité carbone en 2050.

17%

des émissions françaises proviennent de l’industrie (Stratégie nationale bas-carbone - SNBC)

11%

des émissions nationales sont issues des 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2

Les objectifs fixés à horizon 2030

La trajectoire de décarbonation de l’industrie pour la France est inscrite dans la troisième Stratégie nationale bas carbone (SNBC 3), qui fixe les objectifs de réduction des émissions pour les différentes activités économiques. Par rapport à leur niveau de 1990, les émissions industrielles doivent baisser de 68% à horizon 2030 et de 97% à horizon 2050.

Graphique représentant les émissions du secteur de l'industrie de 1990 à 2050

Emissions du secteur de l'industrie (observées et projetées, en millions de tonnes de CO2)

Un graphique montre l’évolution des émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’industrie entre 1990 et 2050, exprimées en millions de tonnes de CO₂. Les émissions observées ont été réduites par deux entre 1990 et 2023 : elles représentaient environ 140 millions de tonnes en 1990 contre environ 63 millions de tonnes en 2023.

À partir de 2023, des projections sont présentées selon la stratégie nationale bas carbone SNBC 3. Elles fixent un objectif d’environ 45 millions de tonnes en 2030 correspondant au quatrième budget carbone, puis une poursuite de la baisse jusqu’à un niveau proche de zéro émission nette en 2050. Le graphique distingue les émissions historiques observées, les émissions projetées sans captage de carbone et les émissions projetées avec captage de carbone. Ces dernières deviennent légèrement négatives à l’horizon 2050, autour de moins 2 millions de tonnes, grâce aux puits de carbone technologiques. Le graphique représente également les plafonds d’émissions à ne pas dépasser pour chaque période.

Pour la période 2024 à 2028, le plafond est d’environ 63 millions de tonnes.

Pour la période 2029 à 2033, le plafond est d’environ 45 millions de tonnes.

Pour la période 2034 à 2038, le plafond est d’environ 30 millions de tonnes.

La décarbonation est déjà engagée dans de nombreuses entreprises. L’enjeu est désormais d’accélérer pour transformer en profondeur l’appareil productif, grâce à des projets financés par des investissements privés et publics.

Quels sont les besoins d’investissement ?

La décarbonation de l’industrie repose sur une transformation progressive de l’outil productif, reposant en grande partie sur des technologies déjà disponibles et éprouvées. Plusieurs leviers sont identifiés :

  • L’amélioration de l’efficacité énergétique avec la récupération et valorisation de la chaleur fatale issue des procédés industriels ;
  • L’évolution des sources d’énergie utilisées avec le développement des énergies renouvelables thermiques, l’électrification des procédés (avec un objectif de passer de 37 % à 45 % d’électricité dans le mix énergétique de l’industrie d’ici 2030), ainsi que le recours à la biomasse, aux gaz bas-carbone et aux combustibles solides de récupération en remplacement des énergies fossiles ;
  • La modification des procédés industriels, comme la réduction de certains composants dans le ciment ou la diminution des émissions de gaz dans la chimie ;
  • Le captage, l’utilisation et le stockage du CO₂ pour les procédés où les émissions ne peuvent pas encore être évitées directement.

La chaleur fatale

La chaleur fatale correspond à la chaleur produite par un procédé industriel et habituellement perdue dans l’environnement. Elle peut être récupérée et réutilisée dans l’usine ou alimenter des réseaux de chaleur, réduisant ainsi la consommation globale d’énergie.

Les technologies bas-carbone sont souvent plus chères que les solutions utilisant des énergies fossiles. Sans aide publique, elles sont donc rarement rentables. De plus, leur utilisation peut entraîner des coûts de fonctionnement plus élevés, par exemple lorsque l’électricité ou l’hydrogène bas-carbone sont plus chers que les énergies traditionnelles.

Selon les estimations de la Direction générale du Trésor (2024), les investissements supplémentaires nécessaires pour décarboner l’industrie s’élèvent en moyenne entre 2 et 3 milliards d’euros par an sur la période 2024-2030. En incluant les coûts d’exploitation et de maintenance, ce besoin pourrait atteindre jusqu’à 5 milliards d’euros par an d’ici 2030, afin de respecter les objectifs de la SNBC3.

D’après la Direction générale des Entreprises, le besoin total de soutien public pour financer ces projets entre 2024 et 2030 est estimé à environ 22 milliards d’euros. Ce financement peut provenir de dispositifs publics français et européens, mais aussi de mécanismes complémentaires, comme les certificats d’économies d’énergie (CEE).

Quel est le rôle de l’État pour accompagner la transition industrielle ?

Face à ces besoins d’investissement, l’État joue un rôle structurant pour organiser et soutenir la décarbonation industrielle.

Planifier à l’échelle nationale et territoriale la transition écologique de l’industrie

L’État travaille conjointement avec les entreprises et les acteurs publics présents dans les territoires pour définir les trajectoires de décarbonation et estimer les investissements nécessaires.

Un exercice de planification avait été mené en 2022 et 2023 avec les 50 sites industriels les plus émetteurs, ayant abouti à la signature de contrats de transition écologique. 

La démarche des Zones Industrielles Bas-Carbone (ZIBaC) lancée dans le cadre du plan France 2030 permet de poursuivre l’exercice à une échelle plus grande en mobilisant les acteurs industriels d’un même territoire sur l’enjeu de la décarbonation. La Direction générale des Entreprises (DGE) mène en continue ces travaux d’anticipation et de coordination des efforts de décarbonation.

Accompagner les sites de toutes tailles

L’accompagnement à la décarbonation de l’industrie par l’État et ses opérateurs est organisée pour couvrir les différents degrés de maturité des entreprises sur la transition écologique, une variable souvent corrélée positivement à la taille de l’entreprise. Ainsi des aides, ciblées sur les TPE et PME industrielles, sont déployées pour identifier les postes d’émissions à réduire.

Les Services économiques de l’État en région (SEER) jouent un rôle structurant dans l’accompagnement des sites industriels. Ils mettent en œuvre la stratégie nationale sur le terrain et l’enrichissent grâce aux constats faits auprès des acteurs industriels. Ils suivent également la mise en conformité des sites industriels, en lien avec les Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement (DREAL).

Soutenir financièrement les projets industriels

L’État organise des appels à projets et appels d’offres pour soutenir la mise en œuvre de projets de décarbonation.

Ces dispositifs sont cadrés par des cahiers des charges précis qui spécifient les technologies éligibles, les critères économiques permettant d’évaluer si l’aide est nécessaire et la performance de décarbonation à atteindre conditionnant le versement de l’aide.

L’aide est calculée pour que celle-ci couvre une partie du surcoût lié à l’adoption de technologies moins carbonées.

La sélection des projets s’attache à maximiser l’efficacité de la dépense publique au regard de la décarbonation permise par le projet et à garantir la maitrise du risque d’aubaine et de sur-financement.

Garantir un cadre règlementaire incitatif pour la décarbonation

La règlementation est également un instrument d’intervention publique pour orienter l’investissement des sites industriels vers une réduction de leurs émissions. Des tarifs réduits d’accises sur l’électricité sont accessibles pour les industries électro-intensives, exposées à la concurrence internationale et pour certains sites industriels de la métallurgie et de la chimie. 

Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF), opérationnel depuis le 1er janvier 2026, vise à prévenir les fuites de carbone en soumettant les importations de certains produits à un prix du carbone équivalent à celui payé par les producteurs européens dans le cadre du système d’échange de quotas d’émission (SEQE-UE). En favorisant une concurrence équitable et en incitant les partenaires commerciaux à décarboner leur production, le MACF contribue à la décarbonation de l’industrie sans sacrifice de la compétitivité industrielle.

Enfin l’obligation d’obtention de certificats d’économie d’énergie (CEE) imposée aux fournisseurs d’énergie encourage le financement d’opérations d’efficacité énergétique sur les sites industriels.

Quelles aides publiques mobiliser ?

Plusieurs dispositifs publics permettent d’accompagner la réalisation de projets de décarbonation industrielle, au format adapté aux besoins des entreprises (accompagnement de premier niveau, subventions, outils de financement).

Des aides pour amorcer la décarbonation de l’industrie

Des dispositifs d’accompagnement de base existent pour aider les entreprises à se lancer : bilan des émissions de gaz à effet de serre, audit énergétique, formations sur la décarbonation. Ils sont proposés par des acteurs publics comme l’ADEME, Bpifrance et les Chambres de Commerce et d’Industrie.

Des programmes comme PACTE Industrie et Mon Parcours Économies d’Énergie offrent aussi un accompagnement personnalisé aux entreprises qui débutent dans leur démarche de décarbonation.

Des outils pour guider les entreprises

La plateforme « Mission Transition Ecologique » a été élaborée pour faciliter la lisibilité des aides disponibles par les entreprises, avec une recherche simplifiée par SIRET.

Le site AGIR et la librairie ADEME recensent également des conseils et de la documentation.

Des subventions couvrant les principaux leviers de décarbonation

Depuis 2020, avec les plans France Relance puis France 2030, l’État investit dans les projets de décarbonation de l’industrie et veille à couvrir l’ensemble des leviers de décarbonation (efficacité énergétique, électrification, production de chaleur à partir de biomasse, modification du mix matières, captage et stockage du CO2).

Les appels à projets et appels d’offres France 2030

Le programme d’investissements France 2030 est un levier central du soutien de la décarbonation de l’industrie. Il se caractérise par le soutien aux projets de développement et de déploiement des technologies bas-carbone.

Les appels à projets phares (Decarb Ind, Bciat et Decarb Flash) sont opérés par l’ADEME et ouverts à échéance régulière.

En outre, l’année 2025 a été marquée par le déploiement d’un premier appel d’offres dédiés aux grandes projets industriels de décarbonation (AO GPID) ouvrant le soutien à des projets très structurants pour la décarbonation des secteurs les plus émetteurs. L’aide au fonctionnement sur 15 ans permet d’accompagner des technologies dont le coût d’exploitation est élevé en plus du coût d’investissement initial.

Les financements européens

Les financements européens complètent les dispositifs nationaux. Le Fonds pour l’innovation européen, alimenté par les recettes du marché carbone européen (SEQE-UE), soutient les projets industriels de décarbonation à grande échelle.

Fonds pour l’innovation européen

Les lauréats français du Fonds pour l’innovation

Des outils de financement visant à compléter l’autofinancement et à faciliter l’accès au crédit bancaire

Les industriels peuvent recourir à des prêts dédiés aux projets de transition écologique et industrielle. Proposés notamment par Bpifrance ou par des institutions européennes comme la Banque européenne d’investissement, ils jouent un rôle important dans le financement de projets industriels liés à la transition climatique :

Des garanties publiques peuvent également être mobilisées pour faciliter l’accès au crédit bancaire en partageant le risque avec les financeurs privés, notamment via les dispositifs de garantie de Bpifrance.

Garanties publiques

Les garanties publiques sont des mécanismes par lesquels l’État, directement ou via des opérateurs comme Bpifrance, prend en charge une partie du risque lié à un prêt.

Concrètement, en cas de défaillance de l’entreprise, une part du prêt est remboursée au financeur par la puissance publique.

Ce partage du risque facilite l’accès au crédit bancaire, en particulier pour des projets innovants ou présentant une rentabilité incertaine, comme ceux liés à la décarbonation.

Apports en fonds propres ou quasi-fonds propres

Les apports en fonds propres se présentent comme une prise de participation au capital de l’entreprise, notamment par des acteurs publics comme Bpifrance. Ils renforcent la solidité financière de l’entreprise sans créer de dette à rembourser.

Les quasi-fonds propres (prêts participatifs, obligations convertibles) sont des financements de long terme, avec des conditions de remboursement adaptées à la situation de l’entreprise.

Mobilisés notamment dans le cadre de France 2030, ces outils permettent de financer des projets industriels importants et de faciliter l’intervention d’investisseurs privés.

Par ailleurs, certains projets peuvent bénéficier d’apports en fonds propres ou quasi-fonds propres, via des fonds publics ou soutenus par l’État, afin de renforcer la structure financière des entreprises et soutenir des projets industriels structurants.

L’articulation de ces différents outils permet de réduire le risque financier, de déclencher les investissements et d’attirer des financements privés autour des projets industriels.

Une transformation industrielle à grande échelle

La décarbonation de l’industrie représente l’un des chantiers majeurs de la transition écologique. La plupart des technologies nécessaires sont déjà matures, mais leur déploiement à grande échelle suppose des investissements importants. Une mobilisation croissante de l’ensemble de l’écosystème industriel témoigne de l’accélération des transformations.

L’action publique vise ainsi à planifier les infrastructures et financements nécessaires, à réduire le risque financier, à accompagner les acteurs pour structurer les projets industriels et à mobiliser l’ensemble des sources de financement disponibles. En combinant planification, aides publiques et financements privés, la France cherche à accélérer la transformation de son industrie tout en renforçant sa compétitivité dans une économie de plus en plus décarbonée.

Expert

Lisa Darves-Blanc, Angel Prieto – Sous-direction de la Politique industrielle

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