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Europe

Présence et stratégies des firmes chinoises et indiennes en Europe - une perspective dynamique et comparative - 2008

Présentation et recommandations
 

La présente recherche sur les investissements chinois et indiens en Europe s’inscrit dans la problématique émergente d’un phénomène économique récent, significatif et au coeur des relations économiques internationales, celui de l’essor de flux d’investissements directs des pays du Sud vers les pays du Nord.
Le propos ici n’est pas d’ordre théorique et académique mais principalement empirique. Il s’agit d’entreprendre une analyse systématique destinée à mieux cerner l’ampleur du phénomène et d’en identifier les principaux acteurs et leurs différents attributs. Afin de dépasser les limites inhérentes à toute approche macroéconomique,
trop agrégée par nature, l’accent a été mis sur une approche microéconomique plus analytique.
Les objets d’étude portent sur les motivations, les stratégies et les premiers effets de la présence des entreprises chinoises et indiennes en Europe. L’approche adoptée est résolument dynamique et comparative.
La recherche a mobilisé un certain nombre de ressources informationnelles parmi lesquelles une base de données constituée par les auteurs et une série d’entretiens menés en Europe auprès de différents experts et acteurs.

La recherche a fait ressortir les points suivants :
- L’essor des firmes chinoises et des firmes indiennes en Europe a été porté par le contexte de mondialisation, le soutien de leur Etat, la forte croissance de leur marché national, divers avantages compétitifs (notamment de faibles
coûts de main-d'oeuvre) et une maîtrise de processus industriels standard ;
- les investisseurs indiens et chinois en Europe affichent plus de différence que de similitude, même si les comportements des seconds convergent pour partie vers ceux des premiers ;
- les investisseurs indiens sont beaucoup plus spécialisés (IT et pharmacie) en Europe que les investisseurs chinois ;
- les investisseurs indiens ont une préférence marquée pour les acquisitions alors que pour les firmes chinoises ce sont les créations qui viennent en tête ; ceci est lié à la différence des secteurs d’activité concernés
(télécommunications et transport maritime pour la Chine, pharmacie et services informatiques pour l’Inde), des fonctions remplies (plus de R-D dans le cas des investissements chinois), et aussi une plus grande aversion au
risque dans le cas de la plupart des investisseurs chinois ;
- les firmes indiennes semblent rencontrer moins de difficultés que les firmes chinoises pour absorber et dynamiser les entreprises européennes acquises ;
- la vague d’investissement indienne à venir en Europe semble plus étoffée que celle des investisseurs chinois. Il semble que les firmes informatiques indiennes soient à la veille d’acquérir des acteurs européens de premier plan,
notamment dans le domaine du conseil, après avoir établi à travers l’Europe de nombreux bureaux de représentation et des centres de développement pour leurs activités plus usuelles ;
- le fond souverain chinois (China Investment Corp.) n’est pas, à notre connaissance, encore présent en Europe. La crise actuelle des subprimes et les conséquences à venir en Europe peuvent constituer une opportunité avec
toutefois une approche graduelle, via des participations minoritaires, plutôt que des acquisitions ou encore des OPA ;
- comme l’atteste une comparaison France-Allemagne, la venue des investissements chinois et indiens renforcent les points forts des économies nationales hôtes (par exemple la mécanique et le travail des métaux en Allemagne) et en accentuent les points faibles (faiblesse de la spécialisation industrielle française). Il n’est donc pas étonnant de trouver en France un taux significatif de délocalisations (vers la Chine) d’unités productives acquises par des firmes chinoises, alors qu’en Allemagne cette éventualité est plus rare.

La recherche a ainsi permis de dégager un certain nombre de perspectives. Trois scénarios, portant sur l’évolution des investissements chinois et indiens en Europe, ont été avancés et classés ci-après selon leur degré de vraisemblance. Nous avons aussi pris en compte, pour l’année 2008, l’impact de la diffusion de la crise des
subprimes en dehors des Etats-Unis et le ralentissement de l’économie mondiale qui en résulterait.

Scénario 1 : Poursuite de la tendance observée depuis le début du millénaire à un rythme modéré, avec une pause périodique pour les investisseurs chinois toujours en phase d’apprentissage. L’hypothèse retenue ici est celle d’une neutralité de la crise financière.

Scénario 2 : Accélération sensible des implantations soit de concert, soit 2 sous-scénarios de découplage : (2a) une plus forte dynamique indienne ; (2b) une plus forte dynamique chinoise. L’hypothèse sous-jacente est ici un ralentissement plus faible de l’économie européenne que celle de l’économie nord-américaine et l’arbitrage opéré par les investisseurs chinois et indiens vers une zone relativement plus dynamique.

Scénario 3 : Décrue des implantations due à un ralentissement de la croissance économique européenne comparable à celui des Etats-Unis, ou à un ralentissement de l’économie chinoise et à un moindre degré indienne en raison du lien via les exportations avec une économie nord-américaine en récession. Une autre explication
réside dans l’orientation vers d’autres zones géographiques, dont la zone asiatique encore peu ciblée par les firmes chinoises et avec qui les relations commerciales sont plus denses. Ceci s’inscrit dans le sillage de la « vision commune pour l'avenir » concrétisée par la signature entre la Chine et l’Inde d'un texte le 14 janvier 2008. Si
les deux pays, qui rassemblent le tiers de l’humanité, regroupent leur dynamisme et leurs potentialités, ils sont aptes à modifier profondément l’état des relations internationales.

Enfin, nous tirons de cette recherche un certain nombre de suggestions destinées à la Direction Générale des Entreprises et aux différents acteurs publics concernés par cette problématique et les enjeux qui lui sont associés :
- poursuivre la mise à jour de la base de données avec une attention particulière à l’activité du fonds souverain chinois en Europe ;
- mener des enquêtes et entretiens auprès des sièges sociaux en Chine et en Inde des firmes présentes en Europe afin de mieux cibler la place de cette dernière dans leurs stratégies mondiales et identifier les enjeux à venir pour
les tissus industriels et les économies européennes ;
- mettre en relation la présence, le positionnement sectoriel, les stratégies et les conséquences de ces entreprises en Europe avec la situation qui prévaut aux Etats-Unis ;
- poursuivre les travaux déjà réalisés permettant de suivre les investissements chinois et indiens en Afrique (1). L’enjeu est ici non seulement d’ordre commercial et économique, mais aussi politique et stratégique. La Chine et l’Inde sont-elles rivales ou complémentaires en Afrique, quelles sont les conséquences prévisibles pour la présence et l’influence européenne, et plus fondamentalement pour le développement du continent africain ?

 

Note

(1) Cf. La concurrence des groupes industriels chinois sur les marchés internationaux : le cas du continent africain, Etude réalisée pour le compte de la Mission prospective (ex-Observatoire des Stratégies Industrielles), DGE, Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, janvier 2006.

 

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