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Les idées reçues

Le développement des services aux entreprises repose uniquement sur le phénomène d'externalisation

Faux. Le transfert d’activité de l’industrie vers les services par la voie de l’externalisation est un phénomène qui s’est considérablement réduit sur la dernière décennie et qui n’explique pas à lui seul la croissance des entreprises de services.

Le document de travail intitulé « la désindustrialisation en France » (février 2010) rédigé par Lilas Demmou, Direction générale du trésor et de la politique économique, relativise le rôle de l’externalisation de l’industrie dans le développement de l’activité et de l’emploi dans les services.

Sur la période 1980-2007, un quart des pertes d’emplois industriels est imputable aux transferts d’activités : « la recherche d’une plus grande efficacité par les entreprises s’est traduite par un recours croissant à l’externalisation (sur le territoire) d’une partie des activités industrielles vers le secteur des services. Ces transferts d’emplois peuvent être estimés à 25 % des pertes d’emplois industriels sur la période 1980-2007 »

Ce mouvement est aujourd’hui considérablement réduit : « le recours des entreprises industrielles à des prestataires de services tend à se stabiliser sur la période récente : les emplois externalisés ne représenteraient plus que 5 % des pertes d’emplois industriels observées entre 2000 et 2007 ».

Ainsi, l’externalisation de l’industrie s’est traduite par le transfert de 480 000 emplois vers les services aux entreprises sur la période 1980-2007, soit un total de 20% des 2,3 millions d’emplois créés par ces mêmes activités sur la période.

Dans leur « introduction à l’économie des services », les économistes Faridah Djellal et Camal Gallouj soulignent que de nombreux auteurs ont analysé la croissance des services comme « le résultat d’un transfert d’activités auparavant effectuées à l’intérieur des firmes industrielles ». Djellal et Gallouj décrivent un modèle d’externalisation plus complexe « qui s’appuie d’un côté sur la croissance du recours externe (et donc la croissance des emplois dans les services aux entreprises) et de l’autre sur le gonflement simultané des fonctions et départements spécialisés à l’intérieur des entreprises industrielles et de services » (car les entreprises de services externalisent aussi). Le fondement de la croissance des services repose ainsi sur un changement simultané des besoins et des pratiques managériales face à la complexification de l’environnement. Les services engendrent de nouveaux services. La croissance des services ne peut être donc réduite à une simple substitution..

L'activité des entreprises de services est étroitement liée à celle de l'industrie

Faux. Contrairement à une idée reçue, les entreprises de l'industrie sont les premiers clients des entreprises de services. Le moteur de leur croissance est endogène.

Les services ne s'exportent pas

Faux. Non seulement les services s’exportent, mais ils contribuent massivement à la balance commerciale de la France et la France dispose de leaders mondiaux.

Les services peuvent s’exporter selon quatre modes formalisés par les travaux de l’OCDE :

Échange transfrontalier : le consommateur reste dans son pays, le prestataire dans le sien et le service traverse la frontière. C’est le cas des communications téléphoniques, du service postal, des transports ou des assurances.

Consommation de services à l’étranger : le consommateur se déplace. C’est le cas du tourisme, de la réparation de navires, des études et des soins à l’étranger.

Présence commerciale : une ou plusieurs filiales ou succursales sont implantées à l’étranger, par exemple pour constituer un réseau bancaire ou une chaîne hôtelière.

Présence temporaire d’un spécialiste, consultant ou ingénieur par exemple, dans un autre pays pour son compte propre ou pour celui de son employeur.

Les exportations de services contribuent à redresser le déficit de la balance commerciale française. Les services, tirés notamment par le tourisme, apportent structurellement une contribution nette positive au solde des transactions courantes de la balance des paiements.

Ainsi, le solde des échanges extérieurs de services est positif de 36,3 Md€ en 2013. Le baromètre économique des services en France publié par le GPS précise : « L’année 2013 est la nouvelle année record tant pour les exportations que pour le solde des échanges. En quatre ans (2009/2013), la contribution des échanges extérieurs de services au PIB de la France a presque doublé. Entre 2012 et 2013, les montants exportés, importés, et le solde, progressent respectivement de 5,9%, 4,8% et 10,2%. »

Selon une étude d’Oliver Wyman, « la France est l’un des trois leaders mondiaux dans les services et le leader incontesté dans les services aux entreprises ». Des champions français sont des leaders mondiaux : Vivendi (medias), Accor (hôtellerie), Française des jeux (loterie), Air France – Klm, Sncf (transport), Orange (télécommunications), Veolia, Suez Environnement-Lyonnaise des Eaux (services environnementaux), Groupe Critt (services intérimaires), Cap Gemini, Atos Origin (SSII), Sodexo (services sur sites – facilities management) … autant d’entreprises françaises qui occupent des places de leader ou figurent dans le top 10 mondial et contribuent ainsi aux bons résultats de notre balance des paiements.

Les entreprises de services ne sont pas innovantes

Faux. Les entreprises de services innovent comme le montre l’enquête innovation CIS 2010 de l’Insee, cependant un peu moins en moyenne que les entreprises industrielles dans la dimension « innovations technologiques en produits et en procédés».

« La France est marquée par une forte culture d’ingénieur – donc une culture de l’invention plus que de l’innovation – liée à son histoire économique et culturelle. Il faut toutefois se garder de réduire l’innovation à la seule « recherche et développement ». Si cette dernière est indispensable à l’innovation dans de nombreux secteurs, elle ne suffit pas à caractériser l’innovation dans les services qui a vocation à trouver un marché, à être commercialisée ». C’est en ces termes que s’expriment Delphine Manceau et Christophe de Maistre dans « Faire entrer la France dans la troisième révolution industrielle, le pari de l’innovation » (Institut de l’entreprise – mai 2014).

Dans notre pays, de nombreuses entreprises de services font des innovations qui ont une portée économique, sociale, voire culturelle …, qui est souvent sous-estimée. Il y a un décalage entre la réalité de l’usage de l’innovation et la communication et compréhension de ce qu’elle représente.

Les services sont improductifs

Faux. Le développement des services est passé inaperçu au cours des 30 dernières années, sans doute en raison d’une culture économique qui a longtemps considéré le secteur des services comme improductif, ou au mieux peu productif. La création de valeur existe bel et bien.

L’avènement de l’économie des services et le débat sur le « déclin industriel » bousculent les méthodes de mesure de la productivité. Certains jugent même le concept réducteur ou inadapté pour mesurer la performance des services. En effet, « l’output » des services est flou et il est difficile de décomposer une valeur en volume et en prix.

Sur un sujet économique voisin, Les Cahiers de la DG Trésor du mois d’avril 2014 « l’activité dans les services, panorama des difficultés de mesures et apports des nouvelles méthodes de prévisions », soulignent les difficultés inhérentes au secteur.

Les services n'offrent pas de vrais métiers

Faux. Les métiers de services ont curieusement longtemps été réduits à « de petits boulots ». Cette vision réductrice est non seulement coupée de la réalité mais également insultante pour tous les salariés des entreprises de services, diplômés ou non, cependant qualifiés.

« Les services utilisent toute la palette des niveaux professionnels. Ils offrent des emplois de très haut niveau scolaire ou universitaire, dans le conseil, l'informatique ou les activités financières, par exemple. Ils embauchent également des personnes très peu, voire pas du tout, qualifiées. Beaucoup d'emplois de services permettent ainsi d'intégrer des populations qui risqueraient d’être marginalisées ou en situation d'échec. Ils offrent de véritables possibilités d'ascension sociale, car ils offrent des relations directes entre personnes. On a ainsi pu dire des métiers des services qu’ils « sont des sas d’intégration ». Rien de surprenant donc si la promotion interne est déterminante dans le secteur des services, dont de nombreux salariés sont des autodidactes. En favorisant cette promotion interne, on permet à des « profils techniques » d’exprimer leurs talents et leur potentiel et d'accéder à des fonctions de management qui nécessitent en principe une formation intellectuelle spécifique appuyée sur des connaissances théoriques. À cause de cela, la progression professionnelle par la validation des acquis de l'expérience devrait être plus développée » (Les 100 mots des Services, Georges Drouin – Puf).

 

 

 

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